MUSULMANS EN PROVENCE

Histoire des musulmans en provence
La réalisation du Centre Culturel des Musulmans dans le quartier Berthe à La Seyne sur Mer s’inscrit dans l’historique de la présence très ancienne des musulmans en Provence. Il ne s’agit pas ici de développer un cours sur cette présence musulmane de l’origine à nos jours mais seulement de donner quelques repères chronologiques qui permettront au lecteur, c’est notre souhait, de se projeter à partir du passé dans le présent de cette importante histoire liée à la Provence.
IXème siècle
La première présence significative des musulmans en Provence remonte au IX siècle dans ce qu’on appelle encore aujourd’hui le Massif des Maures. Durant un siècle les musulmans qu’on appelait les Sarrasins ou Maures vont marquer profondément la mythologie Provençale et Occitane et le souvenir de ce fait historique est encore vivace de nos jours. Cette présence musulmane notamment au château de La Garde Freinet (appelé « Jabel el Quilal » par les chroniqueurs arabes) va donner lieu à un foisonnement de légendes épiques ou fabuleuses. Même s’il y a peu de traces archéologiques dans notre région en comparaison avec celles existantes dans le Sud-Ouest, la découverte d’épaves arabes dans le golfe de St Tropez, appelé aussi le golfe des Maures, est significative. A ce jour, il existe plusieurs endroits et de nombreux lieux qui portent des appellations (sous le nom de Sarrasin ou Maure) héritées directement de cette époque durant laquelle les musulmans côtoyèrent pendant un siècle les populations locales avec des échanges humains et des interpénétrations culturelles nombreuses. Tout le monde connait la toponymie du massif des Maures et de tout ce qui s’y rattache directement mais peu de gens savent que le nom même de la ville Ramatuelle est d’origine arabe qui se prononce « Rahmatou Allah » et signifie » la Miséricorde de Dieu ».
1543, les corsaires musulmans dans la Rade de Toulon
Beaucoup d’entre nous ont dans leur imaginaire l’histoire des pirates en Méditerranée avec les noms célèbres des frères Barberousse et les corsaires appelés Barbaresques basés pour la plupart à Alger. François 1er va faire alliance avec ces redoutables marins qui vont le soutenir dans son conflit contre Charles Quint. C’est ainsi qu’une importante armada musulmane va occuper Nice en Août 1543 et venir par la suite s’installer dans la Rade de Toulon en octobre 1543. Jusqu’au printemps 1544, les habitants de Toulon et ceux tout autour de la ville vont cohabiter avec 30 000 marins musulmans et la cathédrale Sainte-Marie-Majeur leur sera même prêtée pour l’occasion et leur servira de Mosquée.
1847, l’arrivée de l’Émir Abdelkader
L’arrivée à Toulon de l’Émir Abdelkader (1808/1883) avec près de cent membres de sa tribu qui sont emprisonnés au fort Lamalgue. Érudit et précoce, l’Émir combat durant 15 ans les troupes françaises en Algérie avant de se rendre le 23 décembre 1847 et de demander son exil en terre arabe. Malgré la promesse donnée de lui accorder cette destination, la IIème République l’internera à Toulon ensuite à Pau et à Amboise avant qu’il ne soit libéré par Napoléon III le 16 octobre 1852. Devenu une autorité morale et spirituelle incontestable, prônant un Islam d’ouverture et de tolérance, il embarque enfin à destination de l’Orient fin décembre 1852 à Marseille acclamé par la foule.
1860, l’art musulman à La Seyne Sur Mer
La ville de La Seyne sur Mer va être marquée par l’influence de l’art musulman dans les constructions de Michel Pacha. Blaise-Jean-Marius Michel (1819/1907) dit Michel Pacha, originaire de Sanary, est tout d’abord un marin avant de devenir un homme d’affaires dans le domaine des signaux maritimes. Il a fait fortune dans l’Empire Othoman où il a été distingué du titre honorifique de « Pacha ». Cet officier de marine, au grade de commandant, de retour en France s’installe à La Seyne sur Mer et va acquérir de nombreuses terres à Tamaris car la baie de Lazaret lui rappelait le Bosphore. C’est ainsi qu’il y entreprendra de nombreuses réalisations architecturales de style orientale d’une grande beauté, marquées presque toujours du croissant de l’Islam. Ces constructions atypiques font encore le charme de la ville et la fierté des Seynois. Le long du littoral Tamaris se trouvent deux belles constructions à l’art mauresque dont l’institut Michel Pacha de biologie sous marine, sans oublier la Villa Croissant toujours dans le même secteur. Durant toute la fin du 19ème siècle et jusqu’au début du XXème siècle, cette station touristique sera à la mode pour le tout Paris et sera fréquentée entre autres par l’écrivain Georges Sand et le célèbre pianiste Frédéric Chopin.
Les soldats musulmans de l’Armée d’Afrique dans l’effort des guerres de 1870/71, de 1914/18 et de 1939/45
Durant toutes ces guerres la région de Provence verra débarquer sur ses terres, venus d’Afrique, des centaines de milliers de soldats musulmans des régiments de Zouaves, de Spahis, de Goumiers, de Tabors, de Tirailleurs, des Chasseurs, et de la Légion Etrangère, dont le berceau est à Sidi Bel Abbès en Algérie. Ces troupes furent engagées dans tous les combats que ce soit sous l’Empire en guerre contre la Prusse ou lors des deux guerres mondiales. La terre Provençale est le passage obligé avant que ces solides guerriers ne rejoignent le front au Nord et au Nord-Est de la France. C’est ainsi que fut édifiée la Mosquée Missiri de Fréjus dans le camp militaire de Caïs, lieu d’acclimatation des tirailleurs sénégalais avant qu’ils ne soient lancés dans les batailles de la guerre 14/18 comme à Verdun ou sur le Chemin des Dames. En Août 1944, durant le Débarquement de Provence dans le Golfe des Maures, les provençaux assisteront avec étonnement et joie confondus au déferlement des divisions de l’Armée d’Afrique sous le commandement de De Lattre de Tassigny. Ces héroïques soldats vont affronter courageusement l’armée allemande de la Vermarcht et libérer Toulon, Aubagne, Marseille et poursuivront leur épopée jusqu’au Rhin/Danube et ils participeront à la libération des camps nazis. Les tombes de ces soldats musulmans jalonnent notre région et de nombreux carrés musulmans dans les cimetières militaires témoignent de leur terrible sacrifice pour la liberté.

1962, le rapatriement des français-musulmans d’Algérie
A l’indépendance de l’Algérie, des dizaines de milliers rapatriés français musulmans vont s’installer dans la région PACA. Ils ont vécu pour la très grande majorité d’entre-eux dans les camps où ils ont été délaissés victimes du racisme et de la discrimination. Aujourd’hui, ils sont toujours présents dans de nombreuses villes et les nouvelles générations luttent encore pour préserver leur mémoire et pour qu’enfin justice leur soit rendue.
Les travailleurs immigrés dès le début du XIXème siècle
L’arrivée des immigrés est là-aussi fort ancienne. Elle date du début du 19ème siècle quand la France avait besoin de la main d’œuvre coloniale pour renforcer l’économie nationale durant la première guerre mondiale. Ce flux migratoire encore très minoritaire par rapport à l’immigration d’origine européenne (italienne, espagnole,…) va se poursuivre et se développer au point d’inverser la tendance et devenir majoritaire surtout depuis les décolonisations africaines.
Les musulmans aujourd’hui
Comme pour l’ensemble de la France, la majorité des musulmans de Provence sont français et nombreux le sont depuis plusieurs générations. La jeunesse quant à elle, pratiquement toujours née en France, ne connait pas d’autre origine que provençale. Les musulmans, comme tous les autres citoyens, aspirent à vivre dans le respect des droits et des devoirs sous la devise républicaine « Liberté, Égalité, Fraternité » dans la tolérance et la cohésion sociale.
Voilà brièvement évoquée, de manière non exhaustive, la présence des musulmans en Provence et le processus de transmission de cette histoire est loin d’être achevé.
M. Chérif Lounès

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